Amina Hassani La Fabrique 20014 €

QUAND LES MULTINATIONALES (DÉ)FONT LA LOI
LA JUSTICE DU CAPITAL

Une justice parallèle prospère à l’abri des regards. Celle des tribunaux privés, chargés de trancher en secret les litiges opposant les États et les multinationales. Dans cet ouvrage d’une précision implacable, la juriste Amina Hassani décrit la machinerie quasi-dystopique par laquelle le cigarretier Philip Morris peut poursuivre l’Australie pour obtenir réparation à la suite de l’adoption d’une législation anti-tabac, et Veolia attaquer l’Égypte après la décision de son gouvernement d’augmenter le salaire minimum. L’histoire de cette justice bien réelle et au service du capital s’enracine avec le déclin des empires coloniaux.

En 1956, la crise de Suez fait figure de traumatisme : la compagnie franco-britannique est expropriée du canal reliant la mer Rouge à la Méditerranée qu’elle exploitait, fraîchement nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser. Les nations occidentales, inquiètes de sécuriser à leur bénéfice l’extractivisme des ressources dans les anciennes colonies, se dotent alors de tout un arsenal juridique qui allait bientôt métastaser.

Ce « droit à l’ombre du Droit » s’est depuis globalisé, et fabrique aujourd’hui des dépossessions tous azimuts, informe l’autrice : il « produit un État atrophié de sa capacité à défendre l’intérêt général, réduit à celui du capital, et un monde séparé de notre monde commun dans l’unique but d’immuniser le capital [...] contre toute revendication ou aspiration sociale et environnementale ».

CLÉMENT QUINTARD